Brahms, concertos à huit mains

3 juillet 2014

 

L'enchaînement des lieux en une même soirée – Saint-Maurice puis Grand Théâtre – est devenu une marque de fabrique du Printemps des Orgues d’Angers, dont la 22ème édition s'est refermée sur un double concert des plus singuliers, avec un premier programme non seulement sans équivalent mais surtout, bien au-delà de la rareté du « répertoire » ou de la stimulante prise de risques, d'une saisissante charge émotionnelle.
 
En octobre 2013 paraissait chez Ligia Digital un CD hors des sentiers battus : les deux Concertos pour piano de Brahms arrangés pour piano et orgue, chaque instrument étant joué à quatre mains, d'après des transcriptions d'époque pour huit mains signées Theodor Kirchner pour l'Opus 15, Paul Fiodorovitch Juon pour l'Opus 83. Au piano Florence et Isabelle Lafitte, à l'orgue Olivier Vernet (cathédrale de Monaco) et Cédric Meckler. L'envoûtante expérience du disque – remarquable prise de son d'Éric Baratin, équilibrant de manière idéale deux types de projection sonore foncièrement différents – ne saurait être reproduite en concert, ne serait-ce que par le positionnement nécessairement différent de chaque auditeur par rapport aux deux sources sonores.
Celles-ci, distantes l'une de l'autre et à des hauteurs différentes, exigèrent au concert le port pour chaque musicien d'un casque Wi-Fi, retour son augmenté d'écrans vidéo à la console de l'orgue et sur le podium du piano, sous la tribune. Impossible pour le simple auditeur d'avoir seulement idée de l'aventure périlleuse que représente une telle entreprise… Le tout relayé par une régie digne de ce nom, avec caméras fixes et mobiles et retransmission sur très grand écran – fascinant. Avec pour résultat (nullement « naturel » mais fruit d'un labeur de plusieurs mois de mise en place) une synchronisation si maîtrisée que les musiciens en semblaient libres de se concentrer sur la seule musique.
Si le disque, également enregistré en la cathédrale d'Angers, avait bénéficié d'un extraordinaire Grotrian-Steinweg spécialement venu de Hambourg, d'une beauté intrinsèque renversante, le concert se « contenta » d'un excellent Steinway. Formidable surprise : la percussion du piano, qui lui permet d'être toujours intelligible quelle que soit sa propre dynamique mais aussi celle de l'orgue, percussion qui dans une église va souvent de pair avec une désagréable dureté doublée d'un halo brouillant les lignes, trouva sous les voûtes de la cathédrale une acoustique quasi optimale, ample, chaleureuse et merveilleusement spirituelle, rehaussée par le jeu ardemment romantique, aussi intimement héroïque que lyrique, de Florence et Isabelle Lafitte.
 
Un Concerto imaginaire permit entendre l'Allegro non troppo et l'Allegro appassionato (I & II) de l'Opus 83, puis – les Dames alternant au clavier, pas les Messieurs – l'Adagio et le Rondo (II & III) de l'Opus 15, les transcriptions partageant d'un côté le matériau soliste entre le piano et l'orgue, quand de l'autre le piano retrouvait son rôle de soliste exclusif accompagné de l'orgue-orchestre. Celui de la cathédrale fut traité avec un scrupuleux discernement – uniquement les jeux Cavaillé-Coll (1873), afin de rester dans l’univers –, sans renoncer à la puissance, par Olivier Vernet  et Cédric Meckler, chevilles ouvrières du projet bien que physiquement moins sur le devant de la scène. Hormis le fait que l'on aurait aimé entendre les deux œuvres en entier (difficile, évidemment !), la beauté réellement transcendante et la ferveur si humainement vivifiante de cette musique firent presque sourdre l'angoisse… devant une fin nécessairement annoncée. Plus le programme avançait et plus l'émotion croissait, en une tentative désespérée d'intensifier et d'éterniser ce saisissement par une écoute aussi intense que possible. Rare moment de concentration absolue, manifestement ressenti de même par les quelque six cents personnes présentes – un triomphe.

Michel Roubinet

http://www.concertclassic.com/article/22eme-printemps-des-orgues-dangers-huit-mains-pour-un-concerto-imaginaire-compte-renduath

Le Duo Lafitte tutoie les étoiles

16 Oct 2003

Isabelle et Florence Lafitte ont offert un pur moment de bonheur à un public envoûté par l’aisance et la générosité de ces deux musiciennes solaires. Le piano a vécu une félicité exceptionnelle, mardi soir, à l’opéra de Vichy.

Quelle merveille que la musique quand elle est jouée avec autant d’engagement et de naturel ! Quatre fois le public a rappelé le Duo Lafitte, mardi soir, sur la scène de l’opéra. Exprimant, un peu plus fort à chaque retour, la joie intense dont l’avaient inondé deux musiciennes en état de grâce.

Isabelle et Florence Lafitte ont un don. Un don d’amour pour le piano qui ne supporte aucun à-peu-près. Ni dans la présentation, ni dans l’expression. Si les soeurs jumelles ont choisi d’unir leur destin d’interprètes, ce n’est pas pour doubler leurs capacités techniques ou multiplier les effets de manches. Mais bel et bien pour contribuer ensemble à propager un répertoire dont elles explorent les infinies richesses. Avec l’intention, très nette, de le nourrir de leur propre sensibilité dans une approche artistique et humaine. A l’image de ces robes noires sorties de l’imagination d’un créateur contemporain qu’elles portent avec une élégance simple sous des éclairages mauves et orange.

Dans le programme, on perçoit ce même choix, précis et harmonieux. Les deux musiciennes ont opté pour une succession de pièces de caractère, toutes du XXe siècle. Deux d’entre elles sont des variations autour d’opéras célèbres. Et trois ont été inspirées par l’Espagne à des compositeurs français, Bizet, Chabrier et Ravel.

Le seul à échapper à cette belle unité de propos est Pascal Zavaro, compositeur né en 1959. Mais en écoutant « Gazoline Music », à l’atmosphère parfois « gershwinienne », on comprend vite que cette oeuvre n’est pas là par hasard tant elle s’inscrit comme l’héritage de ce qui suit. Gershwin débarque d’ailleurs à point nommé dans un pot-pourri de « Porgy and Bess », signé Percy Grainger. Et là, on chavire. Isabelle et Florence Lafitte donnent une lisibilité, un relief époustouflants à cette écriture dont peu de musiciens classiques assument la portée populaire. Elles font éclater les accents et les couleurs de ce langage des rues, offrant au chant et au swing une respiration libératrice.

La recherche de vérité, à l’essence de l’oeuvre, c’est la corrida qu’on entend dans « Espana », d’Emmanuel Chabrier. On est transporté dans l’arène avec l’envie irrésistible de crier: « Olé ». Avec la « Rapsodie Espagnole », les deux musiciennes laissent les éventails aux vestiaires pour souligner la progression dans la déstructure si chère à Ravel.

Le public, subjugué, en redemande. Il sera exaucé avec une générosité dépassant ses espérances. Après un sémillant extrait de « Scaramouche » de Darius Milhaud, qu’elles joueront une deuxième fois, les soeurs Lafitte passent au piano à quatre mains pour « Snoopy Valse ». Une pièce, au très joli thème, qu’Isabelle a écrite pour Florence et dédiée à son chien, « c’est un souvenir de voyage ; Snoopy a fait pas mal de pays avec nous ». Et puis vient le cadeau. Une oeuvre de Liszt qu’elles sont les seules à jouer. Un « Nocturne d’après le sonnet 104 » qui, comme une centaine d’autres, dormait dans les archives de Weimar. Magnifique moment, totalement privilégié. D’où surgit ce fameux silence d’après la dernière note qui est « encore de la musique ».

N. V.P

 

Sucrée, salée

30 Avril 1997

Un cheveu les sépare. D’ailleurs, coiffées de la même manière, elles pourraient se faire passer l’une pour l’autre. Un modèle de jumelles. Souvent, dans les duos de pianistes, il y a un côté sucré, un côté salé, un yin et un yang, un cru et un cuit, un thé et un café, un Corneille et un Racine, un Stendhal et un Balzac… Un Debussy et un Ravel, pour tout dire. Chez les sœurs Lafitte, pas du tout. La différence est beaucoup plus mince et plus délicieuse en même temps. Les deux faces d’une même médaille, avers et revers, les deux versants d’une même colline, ubac et adret. Iseut la Blonde et Iseut aux Blanches Mains, en somme.

L’une est sans doute un peu plus musicienne, l’autre plus instrumentiste, la première plus sage, la seconde plus espiègle, mais l’une et l’autre ont un comparable étonnement dans l’expression, et les mêmes paillettes de désenchantement dans la prunelle. Elles jouent par cœur, les yeux de l’une posés sur l’autre : elles se regardent sans se voir, réagissant au plus imperceptible haussement de sourcils ; en répétition, elles s’écharpent joyeusement, s’envoient des mandales qui tueraient un cheval mais les laissent intactes.
L’habitude… Elles discutent tout, la moindre nuance est le fruit d’une âpre négociation : Arafat et Netanyahou, c’est du pipeau à côté. A les écouter jouer, on ne s’en douterait pas, tant les choses paraissent s’accorder – tenon et mortaise. Et pourtant.

Elles ont des tenues de scène extravagantes, qui vont du costume de page Louis XIII au déshabillé Van Dongen, et qui hésitent, autant que faire se peut, entre l’indécent et le sexy. Ainsi déguisées, elles vous jouent le double concerto de Poulenc comme personne, Françaises jusqu’au bout des doigts, et s’apprêtent d’ailleurs à le faire, les 15 et 16 mai, salle Poirel, à Nancy.

Jacques Drillon

Jumelles en noir et blanc au clavier

4 Avril 2003

Le brillant duo de pianos Isabelle et Florence Lafitte dans Poulenc

(…) Ce sont toujours des concerts de famille hors du commun : les Önder, les Labèque ou – comme on peut le vivre dans ce Centre des Congrès si bien fréquenté – Isabelle et Florence Lafitte jouent au piano à quatre mains. Les duos de soeurs sont maintenant réellement sur une onde musicale. Les jumelles françaises, l’une habillée en noir, l’autre en blanc, ce qui bien sûr ne signifie rien de leur compétence au clavier, ont offert au public le Concerto pour deux pianos et orchestre de Francis Poulenc, avec non seulement une technique brillante, mais aussi une parfaite coordination. L’Orchestre du Mozarteum prit lui aussi du plaisir avec les Lafitte.
Ce concerto composé en 1932 est vraiment aujourd’hui du plus fin néo-classissime français : doté d’esprit et élégance, vivement rythmé, aux sonorités voluptueuses comme s’il avait été composé pour une future carrière à Hollywood, et tout simplement divertissant. Et dans le Larghetto, Poulenc fait inopinément allusion à Mozart. Ce qui nous ramena au thème même de cette soirée des Meisterkonzerte.
Après nous avoir offert le Rondo pour deux pianos de Frédéric Chopin avec une harmonie gémellaire et une virtuosité de salon, Isabelle et Florence Lafitte firent aux auditeurs enthousiastes une grande joie avec une transcription d’une pureté de carillon d’airs de Papageno de « La flûte enchantée ».

Jürgen Kanold

Danses d’un piano à l’autre 

2 Avril 2003

Leopold Hager dirigeait l’Orchestre du Mozarteum de Salzburg

(…) L’Orchestre du Mozarteum de Salzbourg s’était assuré pour ce concert la collaboration d’un duo d’interprètes éprouvées. Les soeurs jumelles françaises Isabelle et Florence Lafitte ont vraisemblalement assimilé cette oeuvre depuis leurs premières heures au Concervatoire et la présentent depuis comme « cheval de bataille » dans de nombreuses salles de concert. Sous la direction de Leopold Hager, le chef historique de l’Orchestre du Mozarteum, les soeurs ont offert un jeu de piano impeccable, de la transparence proche du clavecin jusqu’aux accords en cascade, alternant les lignes mélodieuses et les coups de marteau. (…)

Rolf Fath

Un duo à toute épreuve 

Avril 1999

L’Orchestre national d’Ile-de-France et son chef Jacques Mercier accueillent le duo de pianos Isabelle et Florence Lafitte (…). Sœurs jumelles, Isabelle et Florence Lafitte possèdent la connivence d’une irremplaçable pratique commune. Dans le Concerto pour deux pianos de Poulenc, elles mettent en valeur l’esprit et la poésie qui imprègnent cette page avec un enthousiasme et un don de soi communicatifs.
En création mondiale, Les Météores pour deux pianos et orchestre d’Alain Louvier leur donnent l’occasion de dévoiler un tempérament à toute épreuve face à un orchestre volontairement chaotique (un thème à variations éclatées) qui demande aux solistes un engagement (attaque du clavier agressive à l’aide des doigts, des paumes, des poings, des avant-bras) mais aussi une attention de tous les instants.

Michel le Naour

« Les Météores » d’Alain Louvier

5 Fev 1999

(…) L’infatigable Jacques Mercier à la tête de l’Orchestre national d’Ile-de-France a offert à ce public réellement attentif un programme fort intelligemment conçu, encadré par la Symphonie « L’Ours » de Haydn, bien enlevée, et la Symphonie « Classique » de Prokofiev. Mais au cœur d’un concert ainsi bouclé par des pages « rassurantes », les habitants de Montereau eurent le plaisir de découvrir un programme moins aisé: le Concerto pour deux pianos de Poulenc et Météores pour deux pianos et orchestre, une œuvre d’Alain Louvier donnée ici en création mondiale !

Ces découvertes furent certainement facilitées par la présence musicale des pianistes Isabelle et Florence Lafitte, par leur jeu direct et sans afféterie dans le Concerto de Poulenc; elles mirent une joie évidente à explorer les multiples techniques d’attaque (paumes, poings, avant-bras…) mises en jeu dans la partition d’Alain Louvier. Le fait que, sans ostentation, les pianistes jumelles aient aussi pensé leur « mise en scène » n’était pas pour rien dans l’attention que le public a pu porter à cette dernière partition, très colorée (…).

Ce soir-là, loin des projecteurs de la capitale, le bonheur de la musique rayonnait aussi à Montereau.

Eric Taver

L’Orchestre Philharmonique de Hong Kong et le Duo Lafitte

5 Dec 1998

David Atherton vu ce samedi soir avec une jeune française blonde à chaque bras. Quoi – quelque vil scandale ? Pas vraiment. Mais je vous assure que si vous n’allez pas au Centre Culturel les samedis soirs ces temps-ci, vous ratez chaque fois quelque chose de sensationnel.
Les blondes jeunes femmes étaient le Duo Lafitte, d’un cru raffiné, qui ont été formées par un autre grand nom de vin français, de Champagne cette fois, un Heidsieck. Justement, le champagne aurait été la boisson parfaite pour fêter cette soirée (…).

Je ne raterai plus une seule soirée au Centre Culturel avec le Philharmonique de Hong Kong. Le Duo Lafitte fut simplement superbe, bien qu’elles fassent presque 10 ans de plus que sur la photo de leur affiche. C’est pardonnable. Beaucoup d’artistes, après tout, font au moins 20 ans de plus que leur photo de presse.
L’œuvre choisie pour le duo était le Concerto pour deux pianos de Poulenc, alternant les élévations dramatiques et les tourments fulgurants. Ce fut une interprétation assurée, subtile, pleinement convaincante, avec un orchestre étroitement en phase avec l’expertise et l’engagement du duo (…).

Dr. George Adams

Sereines virtuoses

3 Avril 2003

Aperçus concertants : l’Orchestre du Mozarteum de Salzbourg

(…) Les solistes de la soirée se glissèrent sans difficulté dans cette tonalité subtile. Les soeurs jumelles françaises Isabelle et Florence Lafitte ont fait preuve, dans le Concerto pour deux pianos KV 365 en mi bémol majeur de Mozart, d’une interprétation mesurée et légère, avec des tempi très calmes dans les deux premiers mouvements. Il en résulta un effet de filtre tamisé singulier, qui déjà était apparu dans le Rondo op. 73 en do majeur de Frédéric Chopin.
L’art du phrasé et de l’articulation de ces sereines virtuoses était ciselé, tout comme leur parfaite coordination et leur jeu d’ensemble.

Leopold Hager et l’Orchestre du Mozarteum

3 Avril 2003

(…) Deux femmes, jumelles bien qu’en noir et blanc, attirèrent l’attention sur elles au milieu du programme : le duo de pianos français Isabelle et Florence Lafitte. Sous leurs doigts, le Concerto de Mozart pour deux pianos et orchestre KV 365 sonna comme un sage plaisir pétillant, dans le mouvement central comme un exquis tintement de cloches. Il n’y a pas, dans le jeu des Lafitte, cette tension fébrile, par laquelle les soeurs Labèque extraient de ces trois mouvements tout charme. Au contraire, dans le mouvement central, c’est plutôt un touchant sentiment de bonheur domestique qui se développera, dans le Rondo op. 73 de Chopin donné en bis, en un tête-à-tête mouvementé et créatif.

Erwin Schwartz

Des violons plein le ciel

29 Mars 2003

L’Orchestre du Mozarteum de Salzbourg brille à la Philharmonie

(…) Entre les deux symphonies de Mozart accueillies avec enthousiasme par le public, un délice du répertoire du 20ème siècle : le Concerto pour deux pianos et orchestre de Francis Poulenc, de l’année 1932, une forme d’hommage au grand Mozart. De leurs pianos, dans une éblouissante unité (ainsi qu’avec Soudant et l’accompagnement sensible de l’orchestre), les sœurs jumelles Isabelle et Florence Lafitte tirèrent des sons d’une élégance et d’une qualité de toucher parfois mozartiennes, dont elles firent preuve également durant leur bis (“Ein Mädchen oder Weibchen” de “La flûte enchantée”).

Curt J. Diederichs

Séduction et élégance de deux pianistes

31 Jan 2002

Après le Beaux-Arts Trio et Boris Pergamenshikow, et François-René Duchable, la saison de musique de chambre 2001/2002 de l’opéra-théâtre d’Avignon et des pays de Vaucluse, en co-réalisation avec la société avignonnaise des concerts, s’est poursuivie avec un récital pour deux pianos du duo Lafitte.

Pour leur premier récital dans la cité des papes, les sœurs jumelles Isabelle et Florence Lafitte ont proposé un programme qui avait pour thème : « Influences croisées » ou « Carré d’influences » en référence à Ravel, Liszt, Chopin et Debussy.

Tantôt à quatre mains, tantôt à deux pianos, Isabelle et Florence Lafitte ont interprété successivement en première partie ‘Ma mère l’Oye » et « Sites auriculaires » (« Habanera » et « Entre cloches ») de Maurice Ravel, le Nocturne en mi mineur, d’après le sonnet 104 (de Pétrarque), une création de Franz Liszt et le Rondo en ut, opus 73 de Frédéric Chopin et dans la deuxième partie, trois nocturnes (version pour deux pianos par Maurice Ravel) de Claude Debussy et « Réminiscences de Don Juan » de Franz Liszt.

Ce fut un moment de ravissement et d’intense bonheur musical pour les amateurs de musique de chambre de découvrir l’élégance, la fantaisie et le charme d’Isabelle et de Florence Lafitte.

Qui se sont magnifiquement illustrées avec raffinement, beaucoup de talent et une remarquable virtuosité, dans un programme qu’elles ont merveilleusement interprété, dans une parfaite osmose et une complicité musicale intelligente.

Ces duettistes françaises, hors pair, ont offert en bis, deux pièces de l’Aixois Darius Milhaud, qu’Isabelle et Florence Lafitte considèrent comme leur maître à penser (elles ont longtemps habité la région d’Aix-en-Provence où résident actuellement leurs parents) pour achever leur récital avec « Summertime’ de Porgy and Bess, de George Gershwin, qui a mis un très joli point final à un superbe récital.

Enthousiasme : Mozart servi de première main

6 Dec 2001

Hubert Soudant avec l’Orchestre de Mozart et le duo de pianos Isabelle et Florence Lafitte à la Stadthalle, acclamés par le public

WILHELMSHAVEN : Avec deux mains légères (et sans baguette), le chef d’orchestre Hubert Soudant conduit l’Orchestre du Mozarteum de Salzbourg à des sommets musicaux, auxquels a pu s’associer le public de la Stadthalle, pleine à craquer. Le duo de pianos des sœurs jumelles Isabelle et Florence Lafitte tient une place particulière dans ce tableau (…)

Le brillant sommet du concert est le concerto pour 2 pianos et orchestre en ré mineur de Francis Poulenc (1899-1963).
L’idée de cette œuvre est due à la princesse Edmond de Polignac au cours de l’été 1932, pour une fête musicale à laquelle elle savait que deux pianistes participeraient. La première représentation eut lieu en septembre de la même année.

Le propos consiste en un kaléidoscope d’inspirations musicales. Pendant qu’une pianiste joue des cascades mélodiques, l’autre plaque des accords puissants.
Le premier mouvement est ainsi une réminiscence des pianistes virtuoses du 19ème siècle. On entend également des sonorités de musique javanaise de gamelan, qui ont été suggérées au compositeur lors d’une exposition coloniale en 1931. Le deuxième mouvement est une référence à Mozart avec le thème du deuxième mouvement du concerto du Couronnement. Le troisième mouvement commence par un duo de jazz fortement prononcé aux pianos, sur lequel l’orchestre vient tendre un arc voluptueux. Et à nouveau la musique de gamelan prend la place. Ainsi, ce concerto fournit-il une synthèse grandiose et tout à fait actuelle entre l’Est et l’Ouest, entre les traditions orientale et européenne.

Le concerto n° 10 pour 2 pianos et orchestre en mi bémol majeur KV 365 a été composé en 1779 par Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), qui a alors 23 ans, pour sa sœur « Nannerl ». Les deux pianos se voient confier une grande autonomie.

Le jeu d’ensemble et le dialogue avec l’orchestre, ainsi que la correspondance pianistique dans le contact visuel permanent sont fascinants. Deux sœurs, des jumelles, et deux tempéraments : Isabelle (ou bien est-ce Florence ?) à la main gauche du chef, pleine de tempérament, toujours prête à un sourire ou un clignement d’œil, pendant que Florence (ou bien est-ce Isabelle ?) tient sa partie de façon plutôt sobre et sérieuse.

Elles jouent toutes les deux au plus haut niveau, tant au plan artistique qu’au plan technique, avec cependant une savante nonchalance, qui met en lumière une formidable présence artistique.
En bis, le duo joue cinq pièces de la Suite de danses « La Libertadora » de Darius Milhaud. Les inévitables bouquets de fleurs sont parés aux couleurs nationales françaises. (…)

Ernst Richter

Le Mozarteum montre un pure joie de jouer - Les sœurs Lafitte en brillante formation

5 Dec 2001

Quand l’orchestre du Mozarteum de Salzbourg joue Mozart, comme lorsque l’on entend Wagner à Bayreuth, c’est presque toujours la même chose : nous sommes au sanctuaire

L’Orchestre du Mozarteum de Salzbourg, dirigé par le chef néerlandais Hubert Soudant se produisait en tournée à l’occasion du deuxième Meisterkonzert de la saison de la Westfallenhalle.

(…) Les pièces maîtresses de ce Meisterkonzert étaient les concertos pour deux pianos. Les sœurs jumelles françaises Isabelle et Florence Lafitte forment un ensemble absolument homogène, techniquement brillant, elles jouent comme une seule personne : des structures sonores finement tisséées dans le mouvement principal du Concerto en mi bémol majeur de Mozart (KV 365), animant le Finale dans une légèreté absolue – pure joie du jeu.

Qu’a à faire le Concerto pour deux pianos et orchestre en ré mineur de Poulenc dans un programme presque purement Mozart : c’est évident dans le second mouvement, dont le thème principal est fourni par le Concerto « Couronnement » de Mozart, même si l’auditeur est surpris par cette confrontation avec la musique du 20ème siècle. L’instrumentation avec la présence dominante des parties de vents et de la percussion est originale. Une foule d’idées musicales est déversée sur l’auditeur dans le Finale, semblable à la tenue de couturier bariolée des solistes, qui se sont approchées de l’œuvre de leur compatriote avec une virtuosité incomparable et d’immenses capacités d’interprétation.

Un Meisterkonzert, qui fit honneur à son nom.

Martina Lode-Gerke

D’authentiques sonorités mozartiennes, depuis Salzbourg

1 Dec 2001

FRIEDRICHSHAFEN – L’Orchestre du Mozarteum de Salzbourg en tournée, sous la direction de son chef hollandais Hubert Soudant, dans la salle Hugo Eckener. Œuvres de Mozart et Francis Poulenc, aux deux pianos solistes les sœurs jumelles françaises Isabelle et Florence Lafitte.

Le programme, homogène et judicieusement composé, était composé de façon progressive. Deux symphonies de Wolfgang Amadeus Mozart, de deux époques de création différentes, encadraient deux concertos pour pianos et orchestre – l’un à nouveau de Mozart, l’autre de Francis Poulenc, qui lui-même cite Mozart dans son œuvre.

(…) Le Concerto pour deux pianos et orchestre de Mozart en mi bémol majeur (KV 365) fut gai par contraste. Cette œuvre pleine de vie, techniquement exigeante, composée en 1780, la même année que la Symphonie en do majeur introductive, a donné aux deux charmantes sœurs Isabelle et Florence Lafitte de nombreuses occasions de déployer leurs remarquables capacités pianistiques. Ainsi surgirent des dialogues, discrètement accompagnés par l’orchestre. La façon dont les deux artistes se passèrent thèmes et motifs, avec une exactitude rythmique et des attaques ensemble à un cheveu près, fut véritablement joie et plaisir. Des courses pétillèrent, des accords brisés grésillèrent, des cadences en solo ravirent.

Et il y eut encore le Concerto pour deux pianos et orchestre en ré mineur de Francis Poulenc (1899-1963), en fait un hommage du compositeur néo-classique français à Mozart. Ainsi, dans le mouvement central, tend-il au Larghetto du Concerto « Couronnement » le miroir moderne de l’urbanité parisienne – une sympathique parodie. Pendant toute cette œuvre spirituelle, les sœurs Lafitte eurent l’occasion de laisser leur style plein d’esprit s’ébattre dans différents styles et techniques – pétulant, staccato, chanté, gracieux jusque dans le mouvement des mains. Pour le public subjugué ce fut une expérience acoustique fascinante.

Karl Heim

Orchestre Philharmonique de Hong Kong avec le Duo Lafitte, dirigé par David Atherton au Centre Culturel

1 Dec 1998

Lorsque l’austère Philharmonique de Hong Kong présente la musique de trois compositeurs gays, son département publicité indique solennellement : Musique Magnifique-French Flair II, là où un pigiste moins borné aurait plutôt penché vers quelque chose comme : « Trois reines, un prince et une princesse. » Après tout, le Concerto pour deux pianos en ré mineur de Poulenc, sardonique et même parfois efféminé, a été commandé par et dédicacé à la Princesse Edmond de Polignac (…).

Si l’illumination a évité les publicitaires, elle n’a très assurément pas manqué aux musiciens – au moins dans le Poulenc. C’est une merveilleuse mosaïque bouillonnant d’idées, apparemment inépuisable, pour laquelle les sœurs jumelles Isabelle et Florence Lafitte ont fourni avec adresse les effervescentes parties solistes. Ces gauloises jumelles forment le Duo Lafitte depuis leur plus jeune âge et elles connaissent Poulenc mieux qu’elles ne se connaissent l’une l’autre.

(…) C’est fascinant, d’ailleurs, de méditer sur l’influence que la section de musique balinaise de la fin du premier mouvement peut avoir eue sur Benjamin Britten quand Poulenc et lui l’ont jouée au Royal Albert Hall en 1945 (…).

Michael Noone

Quatre mains tourbillonnèrent à travers un programme espagnol

6 Nov 1998

Les « sœurs piano » Isabelle et Florence Lafitte : un envoûtement acoustique – et optique

DELMENHORST D’abord les beaux détails extérieurs : le public dans la salle et les deux pianos noirs sur la scène attendaient la suite avec impatience. Et l’entrée en scène fut, du point de vue décoratif, parfaitement réussie : deux « petits bouts de femmes » à l’allure juvénile, moulées dans des fourreaux noirs pénètrent sur la scène, s’inclinent avec un charme sage, drapent de façon théâtrale leurs longues écharpes de soie multicolores, s’assoient à leurs instruments et font tout de suite oublier le terme « petit bout de femme ».

Car, des premières mesures n’émane rien moins qu’un charme musical. Il ne s’agit ici en aucun cas de remplacer des compétences musicales par un look érotisé. Isabelle et Florence Lafitte, qui étaient invitées mercredi soir dans la « Kleines Haus », peuvent être mises sur le même plan que les phénoménales sœurs Labèque. Peut-être manque-t-il encore parfois au jeu des jumelles une certaine dureté du son. Mais la chaleur, l’arrondi de leur jeu fortissimo compense grandement cela. Un fortissimo d’ailleurs qu’elles gèrent d’une façon très excitante et que, par exemple dans le dernier mouvement de la « Rapsodie espagnole » de Maurice Ravel, elles réservent pour le déchaînement orgiaque de la fin. Des pianistes avec une culture forte ne sont pas la règle. Et seuls les grands parmi eux disposent d’une culture piano aussi différenciée qu’Isabelle et Florence Lafitte.

(…) Les applaudissements pour ce festin acoustique et aussi visuel furent déchaînés. Comme bis, une œuvre de Manuel Infante (raffinée) et de Germaine Tailleferre (fraîchement brisée). Et ensuite, deux jeunes femmes gaies et tourbillonnantes, bavardant, détendues en français et en anglais, offrirent à leurs fans des autographes rédigés avec beaucoup de cœur.

Günter Matysiak

Des silences pleins d’intensité

10 Juillet 1998

Les sœurs Lafitte au château de Reinhartshausen

Les Labèque? mais bien sûr, tout enfant qui joue du piano les connaît. Mais qui sont les Lafitte? Ces sœurs jumelles françaises, encore peu connues en Allemagne qui ont gagné de nombreux prix dans les concours internationaux, se produisaient pour la première fois au festival d’Eltville, lors de l’Eté du Rheingau. (…) Elles avaient choisi pour leur début dans la salle bien remplie du château de Reinhartshausen, un programme original.

(…) Lors de l’interprétation de la fantaisie en fa mineur D 940 de Franz Schubert, les artistes firent preuve de beaucoup de sensibilité dans l’abord de cette œuvre tardive du compositeur. Elles travaillèrent avec un ciselé pianistique, construisirent d’énormes moments de tension qui se déversèrent ensuite dans des silences maintenus longtemps. Parmi les pièces rares et délicates de ce concert, figurait la Procesión del Rocio de Joaquin Turina et la version pour piano de la Rapsodie espagnole de Maurice Ravel. Ici, la dureté de la sonorité « analytique » servit à clarifier un mouvement de piano aussi compact qu’harmonieusement exigeant. Beaucoup d’applaudissements à la fin. Deux bis (Bach, Gershwin) et l’espoir de retrouvailles très prochaines.

Harald Budweg

Accord parfait pour les jumelles Isabelle et Florence Lafitte, duettistes pour deux pianos

2 Nov 1996

Leur gémellité les agace et les amuse alors que leur métier les fait vibrer à l’unisson.
Portrait de deux jeunes femmes qui « adorent » les faux semblants

Isabelle et Florence Lafitte sont jumelles. Des vraies de vraies pour la ressemblance physique et des vraies fausses pour l’allure et la personnalité. Elles sont deux avant d’être une. Une précision d’importance pour ces talentueuses musiciennes qui jouent élégamment du piano (à chacune le sien) et qui font des gammes à l’international. S’il arrive au public de les confondre, c’est aussi en raison d’un jeu symbiotique, fruit d’années et d’années de travail. Leur gémellité n’est qu’un atout supplémentaire, certes médiatique mais limité. Isabelle et Florence en sont conscientes, sachant qu’il leur faut parler d’elles avant d’évoquer leur passion pour la musique.

Bon d’accord, « elles » sont pareilles, et alors ? Illusion que cela car, « non, vraiment, nous ne rêvons pas des mêmes choses et nous n’avons pas ces fameuses intuitions attribuées généralement aux jumelles », précise autoritairement Isabelle. Florence préfère rire avant de l’interrompre : « L’essentiel, c’est de savoir qu’Isabelle, ce n’est pas moi et vice versa ! » Une jolie pirouette qui clôt le « débat ». Au « néophyte » de se guider au son de la voix, à un mouvement des mains ou à une lueur dans le regard, tant elles se ressemblent !

Côté musique, la vocation n’est pas la même. Isabelle « ne pourrait vivre sans composer » alors que Florence « adore interpréter à sa manière ! » S’ensuit une vibrante discussion sur leur parcours respectif. Si elles ont découvert le piano ensemble (elles avaient 7 ans), l’une a « moyennement » apprécié (Florence), l’autre a été enthousiasmée « à l’idée de pouvoir improviser ».

C’est au conservatoire d’Aix-en-Provence qu’elles ont commencé à jouer en duo pour se révéler sous la houlette du célèbre Eric Heidsieck au Conservatoire National Supérieur de Musique de Lyon. Elles se perfectionneront ensuite à l’Académie Franz Liszt de Budapest puis à la Manhattan School of Music de New York. Lauréates du concours international de deux pianos Murray Dranoff à Miami, elles ont également reçu le premier prix à l’International Music Video Competition Fuji TV Networks de Tokyo et ont été consacrées par les fondations Pathé-Marconi et Cziffra.

Leur carrière à l’international les amène aussi bien au Florence Gould Hall (New York), au Carl Milles Museum (Stockholm), au Festival d’automne de Prague, qu’à l’auditorium de la Royale Belge (Bruxelles) avec des détours cent pour cent français (La Chaise-Dieu, Le Touquet, Melle, Valençay, Aix…). Leur répertoire éclectique (Jean-Sébastien Bach, Claude Debussy, Manuel Infante, Jean-Philippe Rameau, Michel Legrand, etc.) séduit un public de plus en plus nombreux, surpris par leur facilité de jeu et le fini de leur exécution. Les critiques applaudissent, Isabelle et Florence saluent. Qui est qui ? Elles seules le savent…

Catherine Bail

4 mains pour deux pianos, 2 anges de la musique - 2 août : récital à 2 pianos par Isabelle et Florence Lafitte.

8 Août 1992

Féerie de la musique.

D’abord avec Mozart, Schumann et Mendelssohn, les princes de l’écriture pianistique. Beauté formelle, respectée dans ses moindres détails. Noblesse d’un style restitué, aristocratie des oeuvres mais aussi du jeu des interprètes. Technique au-dessus de tout éloge, à laquelle on ne pense même pas, grâce à l’élégance du toucher, la beauté d’une sonorité aux mille nuances nécessaires et elles seules. Admirable maîtrise, intelligence, finesse, voilà qui est le propre du jeu de ces artistes.
Et combien on peut aimer deux beaux pianos jouant ensemble, ce qui donne tant de relief aux volumes, de plaisir sensoriel, des canons en dialogue, un Fugato, c’est un délice, d’autant plus subtil qu’ici deux pianos semblent jouer en même temps par les mêmes mains.

Contrastes et couleurs de la Musique voici un américain de 1924 qui ne cache pas son identité, ni ses sources, précédant la Valse de Maurice Ravel un des plus hauts chefs-d’oeuvre de la musique symphonique « Une salle de bal à Vienne, sous l’Empire » transcription par Ravel lui-même. On écoute. C’est irrésistible.
Ce chef-d’œuvre je l’entendis cent fois, ce soir les pianistes paraissent habitées par l’esprit de Ravel. C’est hallucinant. Immense ovation. En bis, les variations sur un thème de Paganini : virtuosité transcendante.

Jean Cau

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